L’idée de cet article me trotte dans la tête depuis déjà un moment, mais c’est, entre autres, le témoignage de Mely reçu via Facebook qui m’a décidé.

Le surf, c’est un état d’esprit, pas un effet de mode. C’est pour soi, pour apprendre à se dépasser, mais aussi c’est un respect et une communion avec tout ce qui nous entoure…
Je vois trop de monde mettre une mauvaise ambiance à l’eau… Moi, quand je passe la barre je dis bonjour à tout le monde, je motive les filles qui débutent ou les petits… Bref, on est tous dans la même galère, faut ramer pour prendre la vague alors autant se motiver !
Mais malheureusement pour d’autres c’est la guerre… et ça m’énerve ! En général, quand c’est comme ça je sors de l’eau.
Tout ça pour dire, que le surf c’est pas que se lever et glisser et prendre plus de vagues que l’autre…”

Mely

Pas de vague depuis longtemps et/ou peu de belles vagues ce jour-là, et/ou beaucoup de monde à l’eau donc potentiellement moins de vagues pour chacun. L’ambiance à l’eau dépend beaucoup de la rareté des opportunités. Et je trouve ça dommage.

Aujourd’hui, sur la page du groupe Surf en Méditerranée, ça commentait dur. Entre les adeptes du “tu respectes les priorités ou tu dégages”, les plus modérés, les pédagogues, les débutants en galère… on voit bien que la question soulève le débat. Le truc, c’est que la mer c’est pas comme la piscine : il n’y a pas de petit bain pour apprendre à nager. Alors, si les surfeurs confirmés ne font pas preuve d’un peu de fair play, et bien des vagues, quand on débute, on en prend pas beaucoup, surtout si on veut respecter les priorités.

A la fois, je comprends bien l’envie de surfer un spot désert, d’avoir sa vague à soi, son coin secret… Au delà de mon ressenti, j’ai donc un peu creusé la question pour tenter de prendre un peu de hauteur. Conclusion : c’est pas si simple. Entre localisme, marketing, médiatisation et privatisation, les vagues sont effectivement de plus en plus convoitées et les intérêts bien divergents.

Médiatisation, marketing sportif, marketing territorial, marketing tout court

En 20 ans, le surf est passé de confidentiel à super-tendance. Cela peut facilement se comprendre : son univers contient à lui seul les ingrédients providentiels du marketing post 90.
Pour faire court : le surf des années 2000 est visuel, cool, healty, bronzé, viral et bankable. Plus bankable d’ailleurs pour les marques, qu’il s’agissent de territoires ou de vêtements,  que pour ses pratiquants. Pour autant, l’industrie du surf a facilité la « sportivisation » du surf (WCT, sponsoring, professionnalisation…) et a donné, par exemple, beaucoup d’emplois entre Hossegor et Saint-Jean de Luz ¹.

Marchandisation du surf et privatisation des spots

Au-delà des processus, finalement classiques, de patrimonialisation de la ressource par le politique, il arrive que les vagues de surf soient exclusivement réservées à un usage marchand. C’est le cas, par exemple aux Maldives ou aux Fidji.
La vague de Pasta Point est située sur l’atoll de Chaaya Island qui héberge le Dhonveli Beach Resort and Spa, un hôtel luxueux pour touristes fortunés. Ce dernier appartient à un tour-opérateur privé, Island Voyage. L’unique possibilité de pratiquer le surf ici est de séjourner dans l’hôtel. Limitée arbitrairement à vingt-cinq surfeurs sur un même créneau, l’usage de la vague implique également de payer un « extra » d’environ cent dollars par session. Une fois par semaine, une fenêtre est toutefois proposée aux surfeurs ne résidant pas sur l’île ².

Localisme réactionnaire (ou pas)

Il y a quelques jours, je publiais sur ma page Facebook, un appel à contribution intitulé “Je partage mes petites vagues” alors qu’il m’est déjà arrivé d’accepter de ne pas parler d’un petit spot de rêve bien que j’y consacre une rubrique dans ce blog. Dimanche, je sortie de l’eau écœurée de trop de monde. Cet été, j’ai testé pour la première fois Les Landes au mois d’août : nous devions être au moins 60 élèves sur le même banc de sable…

Le surf de toute évidence séduit de plus en plus de monde, dont je fais partie. Se pose alors la question des comportements quand la ressource est rare et que l’on est (de plus en plus) nombreux à vouloir en profiter… Quid d’un localisme réactionnaire (plus ou moins prégnant, du “c’est mon/notre spot” à “c’est ma vague”) qui, s’il peut sembler “humain”, interroge sur les logiques de domination sur un spot de surf.

La seule chose au final dont je sois certaine, c’est que sur l’eau comme sur terre, il y a des crétins et aussi des gens bien. D’ailleurs à bien y réfléchir, si je suis sortie de l’eau dimanche c’est plus en raison de l’incivilité de certains que de l’affluence… Le problème serait donc ailleurs ?

Au passage, un article bien fait sur les priorités.

Et vous, vous en pensez quoi ?

 

Petite bibliographie pour aller plus loin dans la réflexion (ou pas) :

  • http://libresglisses.blog.lemonde.fr/2017/09/03/biarritz-surf-gang-une-autre-histoire-du-surf-francais/
  • Guibert, C. (2006). Politiques de communication et identifications territoriales différenciées: les usages politiques des vagues et de l’univers du surf par les municipalités de la côte Aquitaine. Téoros. Revue de recherche en tourisme, 25(25-2), 62-71.
  • ¹ et ²Guibert, Christophe. “Les vagues de surf: des convoitises différenciées. Entre patrimonialisation, privatisation et monopolisation.” Terrain. Anthropologie & sciences humaines 63 (2014): 126-141.
  • Heywood, L. (2008). Third-wave feminism, the global economy, and women’s surfing: Sport as stealth feminism in girls’ surf culture. Next wave cultures: Feminism, subcultures, activism, 63-82.
  • Farmer, R. J. (1992). Surfing: Motivations, values, and culture. Journal of Sport Behavior, 15(3), 241.
  • Sayeux, A. S. (2013). La valeur sensation: le cas du surf.

 

 

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